La crise du secteur de la pêche inquiéte ses acteurs et leurs partenaires surtout les Organisations non gouvernementales internationales, dont Actionaid, qui a présenté hier, un rapport intitulé «Touche pas à mon poisson». Dans ce rapport, l’Ong affirme que «les opérateurs européens présents dans les eaux sénégalaises contribuent fortement à la surexploitation des ressources de la mer et apportent peu d’avantage, à long terme, à l’industrie et aux femmes qui travaillent dans le secteur», cela, malgré la suspension des accords de pêche en 2006. Moussa Faye, représentant résident d’Actionaid au Sénégal et ses collaborateurs expliquent : «Les pratiques prolongées des opérateurs européens au Sénégal, tels que la «sénégalisation» des navires européens, le rachat et le calcul des quotas et licences de pêche, le transbordement et le rapatriement des capitaux, ont entraîné le contournement des tentatives du gouvernement de gérer l’accès et le contrôle des ressources de la mer et de garantir une présence d’opérateurs étrangers plus favorable au développement.»
C’est pourquoi estime l’Ong, «les dispositions relatives aux services et à l’investissement défendues par l’Union européenne dans les Ape risquent d’exacerber encore un peu plus la surexploitation des ressources de poisson déjà épuisées dans les pays Acp (Afrique, Caraïbes Pacifiques. Ndlr) et, en définitive, d’hypothéquer les moyens d’existence des femmes et la sécurité alimentaire dans la sous-région». Actionaid plaide pour le rejet desdites dispositions qu’elle juge «compromettantes au droit à l’alimentation de millions de Sénégalais».
Pour que les Ape soient favorables au développement, mentionnent les auteurs du document, «ils doivent pleinement tenir compte des conséquences socio-environnementales et de sécurité alimentaire. Il serait dangereux d’évaluer les Ape uniquement sur le plan de leurs résultats économiques». De leur point de vue, «les dispositions relatives aux services et à l’investissement figurant dans la proposition de l’Ue renforceraient la surexploitation du poisson par les bateaux européens et augmenteraient l’insécurité alimentaire des Sénégalais».
Actionaid recommande, par ailleurs, «une meilleure gestion et préservation des réserves de poisson par la suspension des accords de pêche, la mise en place de périodes de repos biologique et le renforcement de la surveillance des eaux territoriales. Il est vital pour la pérennité du secteur de préserver les stocks pour les générations futures». Dans cette optique, l’organisation note qu’«il est essentiel que l’administration des pêches impose des périodes de repos biologique permettant la gestion maîtrisée des espèces».
D’après le représentant résident d’Actionaid, le rapport a été mené dans le cadre de la campagne contre la faim que l’organisation a lancée depuis juin 2007. Cela, pour révéler le danger que constituerait la signature des Ape pour le secteur de la pêche et la sécurité alimentaire dans la sous-région, et notamment au Sénégal.
CONTROVERSE - Les officiels prennent le contre-pied de l’Ong: La Direction des pêches contredit Actionaid
Alors que l’Ong Actionaid pointe du doigt les navires européens par rapport à la surexploitation des ressources halieutiques, Moustapha Thiam de la Direction des pêches soutient le contraire. Invité hier, à la présentation du rapport «Touche pas à mon poisson», M. Thiam a déclaré que «la responsabilité du pillage des ressources halieutiques ne peut pas être imputée aux navires européens». Pour lui, «la responsabilité incombe également, aux armements sénégalais».
En effet explique Moustapha Thiam, «90% des infractions commises en mer relèvent de la responsabilités de la flotte nationale». Cela lui permet de dire : «Nous sommes responsables au même titre que les navires étrangers.»
M. Thiam considère néanmoins que «le Sénégal ainsi que les autres pays de la sous-région ne doivent pas se précipiter pour signer les Accords de partenariat économique. Car les armements européens sont plus sophistiqués que ceux des pays africains».
Revenant sur les mesures prises par le gouvernement sénégalais pour préserver et développer des emplois directs et indirects dans le secteur, Moustapha Thiam rappelle le projet d’immatriculation des navires et des pirogues de pêche, entrepris par l’Etat du Sénégal entre autres.
Source : http://www.lequotidien.sn/index.php?option=com_content&task=view&id=3646&Itemid=10